Review

Le domaine du rêve a été de nombreuses fois abordé au cinéma, et Inception, d’une certaine manière, me fait penser à un film que j’apprécie particulièrement et qui pourtant peut paraître niais au possible aux yeux de certains : Au delà de nos rêves. Dans ce film, la dure réalité de la vie s’embrique avec une vision colorée du paradis au travers des deux personnages principaux dont l’amour inconditionnel perdure au delà de la mort. Ce n’est pas sans rappeler Mall et Dom, personnages interprétés par Marion Cotillard et Leonardo DiCaprio.

Nolan nous livre avec Inception un mixe audacieux entre la réalité et la fiction, le réel et l’immatériel, le concret et l’abstrait, la vie et les rêves, si bien qu’on se demande tout au long du film s’il s’agit de la réalité où d’un songe, quoi qu’en pensent les personnages.

Synopsis Allociné : Dom Cobb est un voleur expérimenté – le meilleur qui soit dans l’art périlleux de l’extraction : sa spécialité consiste à s’approprier les secrets les plus précieux d’un individu, enfouis au plus profond de son subconscient, pendant qu’il rêve et que son esprit est particulièrement vulnérable. Très recherché pour ses talents dans l’univers trouble de l’espionnage industriel, Cobb est aussi devenu un fugitif traqué dans le monde entier qui a perdu tout ce qui lui est cher. Mais une ultime mission pourrait lui permettre de retrouver sa vie d’avant – à condition qu’il puisse accomplir l’impossible : l’inception. Au lieu de subtiliser un rêve, Cobb et son équipe doivent faire l’inverse : implanter une idée dans l’esprit d’un individu. S’ils y parviennent, il pourrait s’agir du crime parfait. Et pourtant, aussi méthodiques et doués soient-ils, rien n’aurait pu préparer Cobb et ses partenaires à un ennemi redoutable qui semble avoir systématiquement un coup d’avance sur eux. Un ennemi dont seul Cobb aurait pu soupçonner l’existence.

Je ne peux pas parler de ce film sans livrer certains détails justifiant mon point de vue et mes impressions, donc si vous n’avez pas vu le film, je ne peux que vous inviter à ne pas continuer la lecture de cet article.

Comme l’indique le synopsis, Dom Corbb doit accomplir une inception, à savoir l’implantation d’une idée sans que la victime (Fisher) s’en rende compte, afin qu’elle l’assimile comme étant de son propre chef. Pour réaliser cette “prouesse”, Dom et son équipe mettent au point un piège des plus complexe : utiliser 3 niveaux de rêves imbriqués. L’imbrication est une sorte de nivellement, lorsque l’on rêve, on est au niveau 1, mais si on rêve dans notre rêve, on passe au niveau 2, ainsi de suite…

Le premier niveau est le kidnapping de Fischer (Cillian Murphy). Le second niveau se passe dans un hôtel où ce dernier apprend qu’il est dans un rêve (prenant ainsi le niveau 1 pour la réalité). Le troisième est, pour Fischer, le rêve de son oncle Browning (Tom Berenger) dans lequel il accepte d’y accéder de son plein gré pour comprendre ce qu’il manigance or il s’agit en fait de son propre rêve, dernière pierre à l’édifice de manipulation bâtit par Dom.

Dans le 1er niveau – le kidnapping – Fischer se voit soumettre une idée, celle que son défunt père voulait qu’il démantèle l’empire familial afin que son fils puisse vivre sa propre vie (ce qui arrange au passage le commanditaire de cette mission : Saito, interprété par Ken Watanabe).
Dans le second niveau, l’hôtel, il pense comprendre que son oncle ne veut pas que l’entreprise dans laquelle il s’est si longtemps investi puisse être démembrée, et enfin dans le 3ème niveau – que je qualifierai de forteresse de glace – il comprend que son père souhaite le libérer de toute contrainte afin qu’il puisse vivre sa propre vie sans chercher l’approbation (à titre postum) d’un père qui a toujours été dur avec lui.

Nolan, au travers de ses différentes couches de rêves nous amène à voyager dans 6 pays et 4 continents, afin de poser un décor sans cesse mouvant, qui rythme les 2h28 du film qui s’écoulent plus vite qu’il n’y parait. La complexité du scénario ne pouvait pas permettre de raccourcir cette durée, mais l’histoire est suffisamment bien menée pour qu’on n’ait pas l’impression de longueur ni d’ennui.

On peut comprendre le film de deux manières, à mon sens : de manière étroite – au premier degré donc – ou en s’attachant au moindre détail, pour tenter de cerner toutes les subtilités d’Inception.

En prenant tout au premier degré, on voit ce film comme un blockbuster à 200 millions de dollars, qui ne présente pas la moindre part de SF comme on nous l’annonce pourtant partout, avec beaucoup d’incohérences scénaristiques et avec un Happy End sorti tout droit du monde des Care Bears.
En s’attardant sur quelques détails, on apprécie davantage le film, et la fin n’est pas aussi téléphonée qu’elle n’y parait.
Ce qui explique les avis très tranchés sur ce film.

Pour expliquer cela, je me vois contrains de continuer les spoilers.

La notion de temps est très différente entre un rêve et la réalité. Quelques minutes dans cette dernière équivaut à plusieurs heures de rêve. De même, plus on “descend” dans les niveaux de rêve, et plus cet “écart” est important, quasi exponentiellement. Donc quelques minutes dans la réalité = quelques heures en niveau 1 = quelques semaines en niveau 2 = quelques mois en niveau 3.

Dom nous apprend qu’avec sa femme, il a vécu l’équivalent de plusieurs dizaine d’années dans leur rêve, cette dernière ayant fini par ne plus vouloir en partir, il décide de lui implanter une idée (la première inception en fait), celle qu’ils ne sont pas dans la réalité et qu’elle doit mourir pour sortir de ce rêve. Sauf qu’une fois de retour à la vie réelle, l’idée persiste chez Mall, si bien qu’elle finit par se suicider, pensant s’échapper d’un rêve. Etant accusé du meurtre de sa femme, Dom s’échappe des Etats-Unis et accepte cette ultime mission en ayant la garantie que les charges retenues contre lui seront à jamais effacées. C’est d’ailleurs ce qu’on voit à la fin du film lorsqu’il accepte la mort de sa femme et se retrouve dans l’avion.

Une fois réveillé, Saito passe un coup de téléphone et le voici réuni avec ses deux enfants.

Mais je ne suis pas fan des “Happy End“, et je tends à croire que le film est plus subtile que cela. Lorsque l’on a vu Memento du même Nolan, on ne peut qu’en convenir. Et c’est cela que je vais tenter de vous démontrer.

Lorsqu’un rêveur modifie la réalité, les projections du subconscient de la personne qui l’accompagne le perçoit et convergent vers le rêveur. On le voit lorsque Arianne (Ellen Page) modifie à tout va Paris (lors de son “initiation” par Dom).
Ce simple axiome explique beaucoup ce que certains décrivent comme incohérence.

  • dans le niveau 1 – le kidnapping – la course poursuite oppose l’alchimiste Yusef (Dileep Rao) qui balade dans sa fourgonnette tout les autres endormis (qui sont en niveau 2). Il se fait attaquer par de nombreuses personnes et pourtant, il ne matérialise aucune arme pour se défendre (contrairement à Eames – joué par Tom Hardy – quelques instants plus tôt). Il préfère les éviter tant bien que mal.
  • dans le niveau 3 – la forteresse de glace – Eames ne matérialise pas d’armes plus efficaces pour contrer ses assaillants malgré leur grand nombre (et le fait qu’il l’avait fait en niveau 1).

Complètement illogique, et pourtant pas si évident à comprendre que cela. En effet, il nous est révélé dès le début que si quelqu’un meurt dans un des niveaux des rêves, il sera emprisonné dans les abîmes (chose vérifiée par Saito), ceci étant bien sûr la résultante de l’emploi du sédatif particulier concocter par Yussef. Or en matérialisant à gogo de nouvelles armes, les rêveurs attireraient une plus grande attention sur eux (qui est pourtant bien assez grande). Ce qui donnerait :

  • en niveau 1 : plus de poursuivants à semer pour l’alchimiste
  • en niveau 3 : plus de tirs ciblés autour de Fischer qui ne pourrait pas accomplir sa tâche

Une explication simple et logique pour justifier que Nolan n’ait pas cédé, malgré l’amplitude accordée par son énorme budget, à l’effusion d’effets spéciaux et autres explosions en rafale.

Autre fait marquant, le niveau 3 est censé durer beaucoup plus longtemps qu’il n’y parait, or en niveau 1 le camion fait des tonneaux, ce qui ne doit pas être prévu, et qui a très bien pu raccourcir l’itinéraire initial (Arthur – Joseph Gordon-Levitt – lorsqu’il entend la musique dit bien “c’est trop tôt”). Les niveaux 2 et 3 sont raccourcis de facto, j’admets que le rapport temps/niveau n’est peut-être pas totalement respecté pour le niveau 3 (mais il aurait fallu 5h de film dans le cas contraire). Mettons cela sur le fait qu’il s’agisse d’un film de 2h28 et non d’une série de 24 épisodes.

Passons maintenant à l’histoire des totems. Dom a celui de sa femme pour des raisons sentimentales, je pense. Petit rappel : un totem est un objet répondant à des propriétés différentes dans les rêves que dans la réalité, ce qui permet de ne pas se perdre dans un univers complètement fictif (comme ce fût le cas pour Mall lorsqu’elle décida de se séparer du sien).
A la fin du film, Cobb le fait tourner mais finalement n’attend pas de connaître l’issue, il retrouve ses enfants et décide enfin d’aspirer à une vie plus sereine avec eux. Lorsqu’il est avec sa défunte femme, à la fin du film, il refuse de les regarder, car il sait qu’alors il ne pourrait plus les quitter. Mais qu’est-ce qui nous prouve que la fin n’est pas un rêve? Que son retour dans l’avion et ce qui en découle n’est pas le rêve de Dom ayant succombé aux limbes?

A son réveil dans l’avion tout le monde le regarde, de même qu’à l’aéroport. Certains diront que c’est une manière silencieuse et discrète (Fischer étant présent) de “célébrer” leur réussite. Mais Fischer le toise également dans l’aéroport, ce qui est quelque peut déconcertant. L’autre élément qui m’intriguent également est la présence du beau-père (Michael Cain) à l’aéroport. On l’avait quitté à Paris et le voici aux States. Certes le temps que le plan soit échafaudé, il a pu rentrer, mais il vivait à Paris, il y était professeur, donc on peut s’étonner de le voir de retour au pays pour compléter parfaitement ce tableau idyllique d’Happy End pour Dom. L’absence de la belle-mère (qu’on ne verra en fin de compte jamais) est surprenante aussi. En début de film elle était très hostile à l’égard de son gendre (cf le coup de téléphone à ses enfants), et cette fin place ce dernier dans sa maison, avec ses enfants chéris et son beau-père compréhensif. Elle aurait fait tâche dans le tableau, pourtant, elle s’occupait des enfants. Trop beau pour être vrai!
De plus, si on se met à la place de Dom et qu’on ait à préparer un tel stratagème pour faire l’inception, où le prépareriez-vous? Dans la réalité ou dans un rêve (où le temps “s’écoulerait” beaucoup plus “lentement”)? Ce qui rendrait la présence du beau-père à l’aéroport encore plus suspecte.

Un dernier point qui vient corroborer mon interprétation du film : lorsque Cobb teste l’anesthésiant de l’alchimiste, il teste son totem à son réveil, mais le fait tomber à l’arrivée de Saito. Et si, à partir de cet instant, il se trouvait dans un rêve (en l’occurrence le sien)? Yussef n’avait pas dit que quelques heures de sommeil sous sa supervision équivalaient à une quarantaine d’heures?

En résumé : Inception est un film prenant, original, très bien mené, et dont le casting sert parfaitement bien l’intrigue. Mention spécial à la scène de baston en apesanteur, et à la double intrigue (la mise en exécution du plan pour réaliser l’inception, et les éléments sur Dom révélés au fur et à mesure et qui permettent de mieux comprendre ce qui lui arrive dès le début, à savoir l’apparition de sa défunte femme dans ses rêves). Petit bémol sur ce qui ne peut être qu’un clin d’oeil entre la présence de Marion Cotillard et la musique de Piaf usée à la corde dans ce film… Trop c’est Trop! L’opposition réalité/rêve (virtuel) me fait penser à Existenz, film également à voir si ce n’est déjà fait! Bien que mes arguments peuvent très certainement être démontés, j’aime à penser en cette interprétation du film, sans être un LynchNolan a, avec Inception, placé la barre plus haut que ce qu’il avait fait jusqu’à présent.

Et pour vous, film culte ou film pour incultes?



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Gaius
Trentenaire, gamer, fan de beaucoup (trop) de série TV. Tout ce que j'aime est sur Comegetsome.fr !