No More Heroes 2 – Symphony of the Geek

Développeur : Grasshopper (Japon)

Editeur : Ubisoft (Etats-Unis), Rising Star (Europe), Marvelous (Japon)

Support : Wii

Genre : beat-them-all GTAesque déjanté

Date de sortie : 26 janvier 2010 (Etats-Unis), 28 mai 2010 (Europe), 21 octobre 2010 (Japon)

Mea culpa, mea maxima cupla : je n’ai pas joué à No More Heroes (premier du nom) lors de sa sortie en 2007. Certes, un accessoire de folie proposait d’insérer la Wiimote dans un lightsaber (pardon, un beam katana) de pacotille… Mais les critiques assez moyennes (qui l’assimilaient à un pseudo-Grand Theft Auto) ainsi que son support (il m’aura fallu trois ans et demi pour céder aux avances de la boîte à meuh de Nintendo…) m’avaient détourné  de ce titre atypique et intriguant.

C’est donc avec la sortie de sa suite, Desperate Struggle, que j’ai découvert la franchise de Suda 51 (Monsieur Killer 7). No More Heroes 2, ou comment prendre une grosse baffe dans la gueule, malgré des textures baveuses en 480p… C’est beau le talent !

La sublime Sylvia Christel, incarnation du capitalisme triomphant.

UN GRAND COUP DE SABRE LASER DANS LA TRONCHE

« Press Start » pour une déferlante d’action immédiate, une plongée in medias res au sein d’un mortal kombat entre Travis Touchdown, héros, geek et assassin et son adversaire Skelter Helter (sic), frère du premier challenger de Travis dans l’épisode précédent. Déjà, l’esthète qui sommeille en chacun de nous ne peut qu’être enchanté de retouver le design ô combien inspiré du premier No More Heroes (NMH) – un style graphique unique (merci les superbes aplats de couleur), qui se revendique aussi bien du comic book que du manga.

Interface vintage très « classic gaming », danse photonique des beam katanas, gerbes de sang stylisées à la Frank Miller et climax à base de décapitation grand-guignolesque annoncent la couleur (forcément sanguinolente) : rangez votre next-gen et vos jeux ‘ricains formatés par Hollywood – les Japs sont toujours les rois du design (Bayonetta mon amour…) et la team de Suda 51 entend bien vous le faire savoir à grand coup de scènes gore, d’humour trash, de gros plans suggestifs, de riffs énervés et de combats déjantés bourrés de références… Banzai ! Fujiyama !

Mais les gars de Grasshopper ne sont pas du genre à tout balancer sur la forme et à négliger le fond… Le premier bad guy vient de se faire trancher en rondelles ? La scène d’exposition ne va pas tarder à subir le même sort… Lorsque la sidekick à forte poitrine s’apprête à narrer la storyline façon « previously, in No More Heroes… », notre anti-héros n’hésite pas à abattre le quatrième mur en s’adressant au joueur hilare… Conclusion (au terme d’un raisonnement impeccablement cartésien) : primo, s’il a déjà tâté de la Wiimote sur le premier épisode, le joueur est au courant de tous les rebondissements ; secundo, s’il n’y a pas touché, il s’en bat violemment les balls. CQFD.

Pas à dire, Suda 51 connaît son public.

SYMPHONY OF THE GEEK

Le concept de No More Heroes 2 est on ne peut plus limpide : suite à l’assassinat de son pote vendeur de jeux vidéo / DVD / goodies débiles, Travis Touchdown (devenu assassin dans le premier épisode après avoir gagné un sabre laser aux enchères sur le web…) se retrouve à nouveau embringué dans une lutte à mort entre hitmen (et hitwomen), à cinquante places du sommet.

Coaché / dragué / exploité par une blonde à forte poitrine, affublée d’un étrange accent franco-russe et amatrice de fringues minimalistes – j’ai nommé « Sylvia Christel » (référence explicite, à une menue distorsion orthographique près, à la légendaire interprète d’Emmanuelle sur bobine argentique), membre de l’United Assassins Association (UAA), toujours prompte à promouvoir une saine et sanglante émulation entre ses tueurs à gages de membres…

Découper la tronche de cinquante méchants, du numéro 50 au numéro 1 ? Simpliste, malgré les nombreuses références (qui a dit Kill Bill ?) Fort heureusement, les développeurs ont adopté pour Desperate Struggle une structure relativement ouverte qui apporte au gameplay une variété bienvenue (ce n’est pas un versus fighting, que diable !)

Oubliés les pénibles déplacements à moto du premier NMH, ainsi que la pseudo-exploration de la ville façon GTA du pauvre… Place à une map de Santa Destroy qui permet d’accéder immédiatement à tous les points chauds (scènes storyline, ranking battles, revenge missions) ainsi qu’aux diverses échoppes (et autre salle de gym – un peu de gonflette en virile compagnie pour booster force et endurance…)

Travis tente de faire maigrir son chat obèse en lui faisant faire du « sport »… Inutile, donc indispensable !

THE RETRO TOUCH

Le coup de génie de Suda 51 ? Certainement l’importance accordée aux divers mini-games qui ponctuent l’aventure ! Pas question de casualiser un titre trop hardcore, ni de diluer le gameplay : entre hommages et parodie, ils sont si bien intégrés au jeu qu’ils en deviennent une composante à part entière. Imaginez tous les mini-jeux sans intérêt de GTA (le bowling, le billard, les fléchettes…) sous forme de bonnes vieilles cartouches Atari, ou même Famicom première époque !

Réparation de tuyaux comme dans Pipe Dream, livraison de pizzas à la Hang-On, cuisson de steaks avec gros pixels et voix digit’ crachotantes, récupération de déchets dans l’espace… Les prétextes sont minces, mais les trois quarts des jeux proposés sont tout simplement excellents, et l’on se surprend à revenir sur NMH2 rien que pour en refaire une petite partie. Sans oublier la parodie de shmup vertical (le désormais légendaire Bizarre Jelly 5) où l’on dirige une magical girl court vêtue… Geek pawaaa !!!

Man the Meat, le mini-game le plus débile de NMH2, avec ses voix digit’ crachotantes…

THE KILLER ON THE COUCH

Mais le coeur du gameplay de Desperate Struggle, c’est bien entendu son versant beat-them-all.  Jouer à la Wiimote, hélas, ne s’avère pas toujours d’une précision redoutable et requiert tant de gesticulations frénétiques que la frustration de ne pas contrôler efficacement les actions de Mr. Touchdown l’emporte souvent sur la satisfaction de débiter du vilain en rondelles.

L’utilisation du classic controller permet de régler ce problème, mais ne gomme hélas pas tous les défauts du système de combat : les angles de caméra sont souvent peu adaptés, les affrontements contre des marées de sbires copiés-collés tournent vite au pensum et les séquences de plateformes pour lesquelles Travis laisse la main à son « apprentie » s’avèrent bien mal pensées. Des défauts qui n’ont rien de rédhibitoire en regard des qualités du titre, mais qui l’empêcheront à jamais de prétendre à la note suprême…

Fort heureusement, les innombrables trouvailles visuelles et la mise en scène sous acide des ranking battles compensent aisément les imperfections du gameplay. Cheerleaders transmutées en mécha démesuré, schoolgirl équipée d’une flûte à bec / double lightsaber (Darth Maul forever !), gothic lolita armée de monstrueux fusil de sniper à baïonette, cosmonaute momifié avide de déchaîner la fureur de ses satellites laser… ambiance garantie !

Le double katana laser, sans conteste l’arme la plus stylée du jeu !

SOUS LES REFERENCES, LE CHEF-D’OEUVRE

Desperate Struggle foisonne de références geek en tous genres (jeu vidéo, cinéma, animation…) – de quoi faire tripper tout joueur un tant soit peu cultivé. Mais Suda 51 va  plus loin, et se permet dans les deux ou trois dernières heures de jeu de déboulonner gentiment tout ce qu’il s’est amusé à bâtir jusque là. Vous aimiez le côté over the top et déjanté des personnages ? Vous ricaniez devant les démembrements et les décapitations plus gore les unes que les autres ? Vous vous régaliez des dialogues délicieusement débiles et second degré ? Eh bien, réfléchissez, maintenant !

Les ultimes combats prennent une tournure beaucoup plus sombre et mélancolique : le numéro trois de l’UAA, cosmonaute soviétique oublié qui redécouvre la beauté de la planète Terre à l’instant de sa mort, n’évoque-il pas une allégorie du régime communiste ? Notre héros se rebelle progressivement contre le fonctionnement de l’Association, au sein de laquelle il est nécessaire de tuer l’autre pour prendre sa place… Critique à peine voilée de nos sociétés capitalistes. Un pamphlet qui culmine lors de l’affrontement contre l’avant-dernier boss, Alice Twilight, une femme-araignée qui admire Travis pour avoir eu le courage de quitter ce système de son plein gré… Suda 51 s’érigerait-il en chantre de la décroissance ?

La séquence finale, magnifique, jette un nouvel éclairage sur la storyline toute entière… Une conclusion sordide et lynchienne en diable, tout bonnement inoubliable.

Et là, tu la sens, ma grosse critique du capitalisme ?

Certes, le gameplay de No More Heroes 2 est loin d’être parfait. Certes, la réalisation est clairement à la ramasse, même pour de la Wii. Mais comme souvent chez Grasshopper, l’ambiance, la qualité de la mise en scène, les délires visuels et les innombrables références viennent transcender un jeu qui aurait pu être médiocre et le transforment en oeuvre majeure (indispensable pour tout geek qui se respecte), en expérience trans-genre 100% ancrée dans la pop-culture, véritable miroir de la société de son temps. Les héros sont morts… c’est le New York Times qui l’a dit.

Full score : 9 / 10

 

Une réflexion sur “No More Heroes 2 – Symphony of the Geek

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