Rockstar signe enfin son chef-d’oeuvre

« Howdy, étranger !

A ç’que j’vois, t’es pas du coin… Tes nippes sont celles d’un habitant des villes, l’genre de gars qui sait même pas monter à ch’val correctement ! Mais attends, j’ai même jamais vu ç’genre de fringues… T’es quoi ? Européen ? Martien ? Ah non, j’comprends : tu sors à peine de ton G.T.A. 4… Niko Bellic, c’est ça ? Le deputy du sherif Rockstar m’a causé de ton cas ; t’es un dur à cuire, et tu penses avoir l’habitude de la liberté ! Mais ici, hombre, dans l’Ouest sauvage, tu vas découvrir ç’que signifie vraiment « être libre »…

Oublie ta mégalopole gangrénée par la corruption (j’suis sûr qu’on t’forçait à faire des trucs terribles là-bas…) ; ici, chaque fils du Seigneur est maître de ses actes – les hommes de loi peuvent pas être partout, et tes crimes resteront impunis – si tu sais être discret… Et si tu cherches la rédemption, c’est pas un pasteur qu’y t’faut : prends ta vie en main et prouve aux habitants du coin qu’t’es pas un sauvage ni un foie jaune…

Va, étranger, c’est l’heure d’rentrer les bêtes ! P’t’êt’ qu’nos routes s’croiseront d’nouveau, mais j’lis dans ton r’gard qu’t’es plutôt du genre à chercher les ennuis – une chose est sûre : si tu t’fais trouer la peau, on s’reverra pas au Paradis ! »

Le vieil homme fit tourner bride à sa jument et se mit à galoper vers son ranch, ombre parmi les ombres dans le crépuscule de New Austin. Marrant qu’il m’ait pris pour mon pote Niko… Faut dire qu’en lisant « Rockstar » et « open world » côte à côte dans les colonnes des reviews du net, c’est bien du G.T.A. sauce western que j’étais venu chercher dans ce trou paumé. Le petit miracle, c’est que j’ai finalement trouvé bien davantage chez Red Dead Redemption.

Rockstar nous a habitués à un haut standard de qualité avec G.T.A. 4 : univers sandbox vivant et cohérent, personnages secondaires charismatiques, dialogues percutants… Red Dead Redemption a bénéfécié du même soin, de la même attention au détail, et se permet d’améliorer le moteur graphique un peu faiblard de son prédécesseur, son système de combat (plus fluide, moins frustrant, plus spectaculaire, grâce notamment à un effet de bullet-time baptisé « dead eye ») ainsi que de nombreux détails comme la gestion des checkpoints ou du game over.

Exit, surtout, l’obligation d’incarner le criminel de service et de côtoyer la lie de l’humanité (transporter de la drogue et tuer des flics n’a jamais fait partie de mes rêves secrets, désolé) ; le passé du héros, John Marston, a beau être maculé de poudre et de sang, rien n’oblige le joueur à accomplir des actes que la morale réprouve s’il souhaite devenir le paladin de West Elizabeth…

Mais au fil des heures passées devant le dernier bébé de Rockstar, le joueur s’interroge… Pourquoi est-il si dur de lâcher la manette ? Pourquoi est-il trois heures du mat’ alors qu’il voulait se coucher à minuit ? L’ambiance unique du wild west (sur fond de B.O. à la Ennio Morricone, un rien plus intimiste peut-être), le plaisir incomparable de contempler les paysages, de vivre au rythme du soleil et des tempêtes, de partager les joies et les peines d’une poignée de pionniers courageux, dans un ranch perdu au milieu de nulle part…

Autant d’indices qui dévoilent bientôt l’unique réponse possible : le concept du « bac à sable », ce fameux open world cher à Rockstar, que le joueur est libre d’explorer à sa guise, fonctionne infiniment mieux dans les plaines poussiéreuses de l’ouest américain que dans les rues crasseuses de Liberty City. Synergie parfaite entre un genre et un univers : un classique est né.

Par-delà le simple recyclage de la formule G.T.A., Red Dead Redemption s’affirme comme une expérience unique, qui s’appuie sur les solides fondations de son aîné pour mieux les transcender. Sous nos yeux ébahis, rien de moins que la résurrection vidéoludique d’un genre tombé en désuétude à Hollywood ; une chevauchée initiatique, l’invocation des racines et de l’âme du Far West –  et non un banal décor en carton-pâte pour F.P.S. en mal d’originalité (Call of Juarez ? Lead & Gold ?) Après les dime novels bon marché et les pellicules Technicolor, le western aurait-il enfin trouvé ses terres de prédilection ?

Note « first contact » : 8,5 / 10

4 réflexions sur “Rockstar signe enfin son chef-d’oeuvre

  • 01/06/2010 à 6h14
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    S’lut, pour un petit gamer qui n’est pas fan de ce genre de jeu, je dois dire qu’il m’a laissé sur place.
    J’en suis pas encore à rester 3 plombes dessus chaque jour mais il est assez accrocheur.
    Un très bon jeu.
    Reste à voir ce que cela donne en réseau.

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  • 01/06/2010 à 17h14
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    Joli prose !
    Je trouve qu’il faut absolument insister sur la qualité de la bande son (musique fabuleuse, génialement dicrète (intimiste comme dit dans l’article) ce qui lui permet d’éviter de nombreux clichés du genre, voix en Anglais aaaaaaaah ça fait du bien de pas entendre toujours les mêmes blaireaux de doubleurs français lamentables incapables de jouer correctement sans en faire 10 tonnes…ça rend le jeu plus crédible, plus « adulte », moteur graphique au top mieux que gta 4 même si il reste toujours une certaine lourdeur (ils ont bien travaillé quand même surtout concernant les gun fight…).un bon gros jeu de no life : j’ai passé la moitié de mon temps pour l’instant à des tables de poker, et de black jack… c’est mieux que bien des films du genre…Hollywood a du soucis à se faire dans les années à venir…

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  • 02/06/2010 à 8h55
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    Tu écris très bien Vanguard, chapeau…..Major Jones.
    Cela ma donné envie d’essayer, même si GTA m’a jamais attiré, l’ambiance western c’est quand même plus cool que d’être un bad boys de new york

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  • 02/06/2010 à 9h01
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    Ce jeu a l’air vraiment excellent, et pourtant je détestes les GTA 3D !

    « When you have to shoot, shoot, don’t talk »

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