Son dernier livre, votre prochain cauchemar !

Quatre ans que Remedy (Max Payne)  bossait sur son nouveau bébé – un véritable development hell qui n’augurait pas du meilleur pour l’ambitieux Alan Wake. Refonte du gameplay à mi-parcours du développement, déclarations ubuesques des responsables de Microsoft pour expliquer l’abandon de la version PC (« certains jeux gagnent à être joués sur un grand écran depuis un canapé – nous avons réalisé qu’Alan Wake faisait partie de cette […] catégorie… »), la dernière production du studio finlandais aura provoqué quelques sueurs froides chez les afficionados de J.V…

Aujourd’hui, muni de la splendide édition collector (que l’on prendrait presque pour un épais bouquin, le genre de best seller qu’Alan Wake lui-même aurait pu rédiger) et informé du caractère relativement flatteur des critiques recueillies par le jeu (8.4 sur gamerankings, tout de même), je ne sais s’il faut m’attendre à une claque à la Heavy Rain (j’aimerais bien), ou à une semi-déception teintée d’ennui blasé (comme ce fut mon cas cette année devant Bioshock 2 ou encore Metro 2033…)

Après trois heures de test « first contact » (cf. notre éditorial), plus de doute, Alan Wake est une réussite. Le cauchemar éveillé de notre écrivain tourmenté, délaissé par l’inspiration, poursuivi jusque dans ses rêves par les personnages de ses romans, ne manque pas d’intriguer le joueur ; les références aux processus de création littéraire sont nombreuses et pertinentes (ce n’est pas le cas, hélas, de la construction en épisodes façon série télévisée…) ; la qualité d’écriture est globalement au rendez-vous (notamment lors des monologues d’exposition de Mister Wake), malgré des personnages secondaires insuffisamment développés. Les références au cinéma de genre et aux séries T.V. fantastiques sont assumées, les citations explicites sont nombreuses (à The Shining par exemple…)

Mais la plus grande force du titre de Remedy réside sans nul doute dans son ambiance étrange et fascinante, toute en jeux d’ombres et de lumières. Il s’agit là du thème central de l’aventure : face à des êtres possédés par les ténèbres, votre meilleure arme n’est autre que votre lampe-torche ! Les errances nocturnes du héros se transforment en théâtre de brouillard et de ténèbres, et chaque rayon de lumière devient source de réconfort pour le joueur aux abois. On ne flippe jamais comme dans un Doom 3, un Condemned ou un Dead Space, mais Alan Wake se veut plus contemplatif : la bande originale, de grande qualité, distille une ambiance étrangement aérienne qui insuffle un appréciable supplément d’âme à un titre par ailleurs assez classique.

Le gameplay n’apporte en effet rien de très novateur à l’arsenal (certes efficace) des third person shooters (T.P.S.) : esquive « cinématique », armes variées, mais pas trop (on remplace les grenades par des flashbangs pour coller au thème du jeu, et hop !) Deux bons points toutefois : les sensations sont tout à fait correctes (le combat n’est jamais aussi frustrant que devant l’arbitraire de Dead Space ou les bugs de Mass Effect 2 par exemple), et la gestion des couverts est quasi-absente, ce qui nous évite une énième ressucée de Gears of War et ses pénibles combats d’attrition. On n’échappe pas en revanche à une linéarité très scriptée : la rançon de la gloire pour un titre aussi scénarisé ?

Alan Wake n’est donc pas le messie d’un renouveau du jeu vidéo, et conserve bon nombre d’habitudes et d’archaïsmes du J.V. en génral et du T.P.S. en particulier (la collecte d’objets inutiles pour débloquer des achievements laisse perplexe) ; en revanche, il met le paquet sur la narration et l’ambiance – un faux survival finalement plus contemplatif que flippant, un trip ténébreux qui brouille les pistes entre les mass media et nous fait réfléchir sur la nature profonde du jeu vidéo… Quelque part entre Pac-Man et Heavy Rain.

Note « first contact » : 7,5/10

6 réflexions sur “Son dernier livre, votre prochain cauchemar !

  • 20/05/2010 à 15h37
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    Prems !

    (humour ! je vous vois déjà me lincher)

    Bon premier contact…ça donne envie ENFIN un jeu qui repose sur l’ambiance (et le scénar’ apparemment !) Vivement que je reçoive mon colis !
    Can’t wait…

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  • 29/05/2010 à 7h41
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    En version collector, le packaging est sublime en effet. Je pensais n’acheter sur 360 que les exclus de la boîte de Microsoft (privilégiant la PS3 pr le coup sur les jeux multi), je me pencherai peut-être sur celui-ci du coup ^^.

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  • 31/05/2010 à 14h24
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    Un petit défaut de ce jeu (et de biens d’autres…) : La VF ! Quand est ce qu’on aura le choix pour la langue des jeux =) je pense qu’un jeu comme celui ci serait deux fois plus prenant en vostfr !

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  • 31/05/2010 à 20h21
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    En fait tu as le choix, pour mettre le jeu en V.O. il faut régler ta console en Anglais dans le menu des options… Je fais tous les jeux en V.O., j’en peux plus des V.F. pourraves… ^^

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  • 09/06/2010 à 17h29
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    Exact mais c’est pas contraignant pour les téléchargements sur le live ?

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  • 18/06/2010 à 16h46
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    @ Nicoloulou :

    Aucun souci avec le Live, tu continueras à te connecter au Live français, entièrement en Français donc.

    Et tous les add-ons téléchargeables comportent de base une multitude de langues, donc pas de problème de ce côté-là non plus…

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